Un projet de recherche et d’expositions proposé par Sébastien Pluot et Fabien Vallos.

En 1969, Jan van der Marck, le nouveau directeur du Museum of Contemporary Art de Chicago, présente l’exposition Art By Telephone pour répondre, comme il le souligne dans le catalogue, à « l’usage croissant de la conceptualisation de l’art »[1]. Le protocole d’Art By Telephone consistait à proposer à un ensemble d’artistes de formuler oralement une oeuvre à distance par l’intermédiaire d’une communication téléphonique. Avec notamment Quand les attitudes deviennent formes (Harald Szeemann, 1969), Information (Kynaston L. McShine, 1970), ou Software (Jack Burnham, 1970), Art by Telephone fait partie des premières expositions rassemblant des oeuvres conceptuelles dans un contexte institutionnel [2]. Le projet se réfère explicitement à un précédent historique : Telephone Pictures (1922) de Lazlo Moholy-Nagy, une série de trois tableaux de composition identique mais de formats différents, que l’artiste fait réaliser par une compagnie d’enseignes émaillées à partir d’instructions transmises par téléphone. Selon les termes de Jan van der Marck, il était question pour l’artiste alors fortement influencé par les idées constructivistes et Dada, de démontrer que « l’approche intellectuelle de la création d’une oeuvre d’art n’est en aucune manière inférieure à l’approche émotionnelle ». Jan van der Mark entendait aussi rendre hommage à Marcel Duchamp et John Cage qui furent déterminants dans ce principe consistant à déléguer l’éxecution d’une oeuvre. Ce principe d’exposition convoque une série de processus liés à la traduction, la conceptualisation de la production artistique, la question générale des usages langagiers et l’approche de l’oeuvre par la parole.